Les Routiers bretons à Vézelay

As-tu songé que pour avoir accès à la route il faut commencer par sortir de ta maison et de toi-même, renoncer à ton égoïsme, à ton confort, à ta sécurité, rechercher ce qui est difficile et vouloir vivre rudement ?

Cérémonial du départ routier


Vendredi 28 novembre 2016
, 3h du matin. Me voici debout, portant mon uniforme et mon sac chargé. Il m’a fallu quitter mon confort, mon ordinateur et mon smartphone et renoncer à de petites vacances tranquilles bien au chaud… Je renonce à tout cela pour vivre quatre jours de pèlerinage sur les chemins de Vézelay.

 

Après huit heures d’un inconfortable voyage en car, nous arrivons à Cravant, village bourguignon aux beaux édifices en pierre calcaire. Cette année, les clans Bx Marcel Callo (Brest), St Colomban (Saint-Brieuc), Ste Anne (Rennes), St Paterne (Morbihan), St Clair (Nantes) et les clans inter-maîtrises, marchent avec les Normands et les Espagnols. Saint Bernard, l’apôtre de Vézelay, est notre patron de tronçon. Notre pèlerinage commence par la Messe puis nous partons sur les chemins de Vézelay. Nous bivouaquons à l’abbaye de Reigny. Nos chants s’élancent sous les voûtes de l’ancienne salle capitulaire. Pierre Gavoille, notre nouveau commissaire Route, nous exhorte à ne pas renoncer et à vouloir progresser en toute occasion. Puis les complies finissent cette belle journée, Sauve-nous Seigneur quand nous veillons, gardes-nous Seigneur quand nous dormons, et nous veillerons avec le Christ, et nous reposerons en paix. Tout est accompli.

Samedi 29 novembre. La voix mélodieuse du chef de clan réveille les routiers. L’Angélus marque le début de notre journée de marche. Après la Messe dans la petite église d’Arcy-sur-Cure, nous repartons. Les paysages sont d’une sublime beauté. Les rouges, les orangés et les ors de l’automne colorent les feuillages d’un panache flamboyant. Nous passons au pied des falaises et des grottes d’Arcy. Les Je vous salue Marie rythment la cadence de nos pas. Nos couleurs claquent au vent. Les corps s’épuisent, les sacs pèsent, mais le moral est là : nous avons le Christ pour compagnon de Route. Le soir, nous assistons à une conférence pleine d’humour et de réalisme sur notre relation aux nouvelles technologies puis sur la paternité  par Fabrice Hadjhadj. La veillée est marquée par un discours percutant du chef de clan de Caen, nous rappelant que l’on ne peut pas s’engager et suivre le Christ et à moitié, puis par son départ routier, béni par le cardinal Sarah.

Dimanche 30 novembre. Après la Messe dominicale à Givry, nous prenons la route pour notre dernière étape vers la colline de Vézelay. Après quelques heures de marche, la voilà enfin, nous l’apercevons à travers les feuillages flamboyants, cette colline éternelle que nous espérons depuis trois jours. La basilique de la Madeleine se tient droite et fière, lieu saint où tant de pèlerins aux pieds poudreux ont prié avant nous, et où tant d’autres gueux prieront après nous. Avant de la gravir nous installons notre bivouac aux Ruesses, au pied de la colline de Vézelay. Imaginez un immense campement de 2800 routiers (2835 pour être précis !) sur lequel le baussant flotte. Après un temps de rencontre avec le cardinal Sarah ou de découverte de différents mouvements (Missions étrangères de Paris, Le Rocher, Anuncio, Société de Saint-Vincent-de-Paul, Secours catholique), nous nous mettons en route vers la basilique. De longues files de routiers, l’étendard du Christ, le baussant en tête, cheminent en priant.

Le parvis de la basilique est couvert de routiers. Nos chants s’élancent vers le Ciel, deux milles voix à l’unisson, Saint Jacques protège-moi, E Ultreïa, l’Appel de la Route, et tant d’autres. Les chants s’éteignent et les portes de la basilique s’illuminent. Elles content l’histoire de la Croisade de la Paix en 1946 puis du pèlerinage des routiers qui fête ses 40 ans. Le silence se fait. Résonne alors le chant des pèlerins, rouleux aux pieds poudreux, nous sommes là devant ces portes, ce soir chez le Bon Dieu, entrez les gueux ! Les portes s’ouvrent, le Christ nous accueille en Sa demeure. Alors nous, simples routiers, nous pénétrons en ce lieu saint par la Porte de la Miséricorde. Le Kyrie résonne durant 23 minutes. Nous ne sommes plus l’homme fier et ambitieux, nous ne sommes plus le routier couvert de gloire et d’honneur que nous espérons être un jour ; nous sommes l’humble pécheur demandant miséricorde, s’époumonant en chantant ce refrain si beau dans sa noble simplicité : Kyrie eleison miserere nostri. La basilique est magnifique dans cette semi-clarté. Le Pange lingua s’élève. Chacun s’agenouille : Il est là, présent dans le Saint-Sacrement. Nous L’adorons, nous Le contemplons, nous Lui confions nos joies et nos peines, les intentions de nos proches. Donne-moi, donne-moi seulement de T’aimer.

Lundi 31 novembre. En cette fête de la Saint-Quentin, la basilique rayonne de la clarté du soleil matinal. Ces sculptures du tympan, ces sobres voûtes romanes, ce chœur gothique d’une blancheur immaculée, même l’architecture redit sans cesse la gloire de Dieu. Le bagad Tri Breiz sonne, suivi d’une forêt de baussants puis des dizaines de servants, diacres et prêtres présents. Dans une remarquable homélie, le cardinal Sarah nous appelle au don total et à la fidélité à notre idéal. La Messe s’achève et avec elle, ce pèlerinage. Les Jubilate Deo de 3000 voix résonnent sous les voutes, Louez Dieu, ces sublimes louanges émeuvent tout notre corps et notre âme.

Vézelay s’achève, et pourtant l’esprit de Vézelay et de la Route ne s’arrête pas, nous rentrons à la maison mais le cœur chargé d’une joyeuse espérance, car cela est certain, Dieu est miséricorde. Petit souvenir :

François T.

Clan Ste Anne, Rennes